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Les Traités et conférences navales de l'entre-deux guerres (1919-1936)

Tosa project

Le Tosa tel que prévu en 1923.

Traité de Versailles -Traité de Versailles (28 juin 1919): Les représentants des puissances alliées, USA, Italie, France, GB, dans la galerie des glaces. Sans remonter jusqu'au mythique traité de Tordesillas (1494), qui sous la bénédiction Papale, partageait le continent sud-Américain entre possessions Portugaises et Espagnoles, le premier de ces traités contemporains ne fut pas spécialisé dans le domaine maritime mais dans le désarmement drastique de l'Allemagne vaincue en 1918, qui prévoyait aussi des clauses concernant sa marine, arrivée au troisième rang mondial en 1914.

Le traité, outre ses dispositions concernant la marine marchande Allemande, dont près de la moitié devait être remise aux alliés, concernait aussi sa flotte, qui devait rester principalement une force d'autodéfense raisonnable, et non de domination navale à des fins coloniales. On ne lui autorisait, au titre de navires de ligne, que les plus anciens en service, les pré-dreadnoughts de la classe Deutschland et Braunschweig, à raison de 8 unités. Elle devait d'ailleurs n'en conserver que 6 opérationnels, dont certains servant de navires-école ou autres rôles subisdiaires. Elle avait également le droit de posséder 6 croiseurs, là encore, les plus anciens disponibles, les navires de la classe Gazelle et Bremen (1898-1905), mais aussi 12 destroyers et 12 torpilleurs. Cette disposition acheva de discréditer ce qui restait de la Hochseeflotte, qui avait virtuellement cessé d'exister le 28 janvier 1920, deux mois après son internement à Scapa Flow. Contrairement aux autres nations, l'Allemagne ne pouvait repartir que d'un effectif de très faible valeur.

On avait bien entendu assorti cette clause d'une interdiction ferme et définitive de construction de submersibles ou d'avions (et donc de porte-avions par la même occasion.). Par ailleurs, il n'était pas formellement spécifié une interdiction de construire des navires de lignes en remplaçement des pièces de musée qu'elle possédait en service, mais avec 10 000 tonnes autorisées pour ses plus gros bâtiments, l'affaire était entendue. On sait comment la Reichsmarine réussit à surmonter ce sévère handicap pour construire trois singuliers navires, appelés à tort "cuirassés" de poche, car leur tonnage était trop faible pour autoriser autre chose que le blindage d'un croiseur léger. Mais telle n'était pas leur vocation: Dans la nouvelle pensée navale Allemande, il s'agissait de "raiders", des corsaires, conçus spécifiquement pour détruire les navires marchands et lutter pied à pied avec leurs escorteurs le plus massifs comme les croiseurs lourds. De fait non concernée par le traité de Washington, en 1922, l'Allemagne était libre de chercher à concevoir des navires armés de pièces bien supérieures au calibre 203 mm spécifié, quelque soit son tonnage autorisé...

Quand aux submersibles, l'Allemagne sous l'impulsion de Dönitz et De Hitler développa en secret un bureau "civil" à la Hague, "à des fins d'éxpérimentations", mais qui délivra au milieu des années trente quelques premières unités militaires à des pays mineurs conquis d'avance par la technologie submersible Allemande, comme d'ailleurs les alliés en général qui s'en étaient abondamment inspirés pour leurs propres modèles. En 1933, avec l'arrivée d'Hitler, le plan initial de Raeder, qui prenait résolument le contre-pied du traité de Versailles, fut adopté définitivement lorsque fut arraché à la conférence de Genève l'égalité des droits pour l'Allemagne. A partir de cette date, la Kriegsmarine était libre de naître, en remplacement de la Reichsmarine. Des termes qui reflétaient une opinion et une pratique plus en accord avec les ambitions du futur chef incontesté du IIIe Reich....

USS Montana

Le Montana, vue d'artiste d'époque des South Dakota (1922) Source: http://www.navsource.org/archives/

-Le Traité de Washington (6 février 1922): L'Allemagne était la seule ex-grande puissance maritime non concernée par ce traité, et pour cause (voir plus haut), de même que la Russie, en pleine guerre civile, qui provoquait la ruine et la destruction des dernières unités de la marine du Tsar. Traité de Washington

Le Traité de Washington, sans doute la plus grande date en matière de désarmement maritime, résulte de la course effrénée que se livraient les différentes Nations à la fin de la première guerre mondiale, en particulier en matière de navires de ligne, instruments par excellence de sa puissance militaire et économique à cette époque. 

Les 5 pays signataires (Grande-Bretagne, USA, Japon, France, Italie) venaient de construire et de mettre en service de 8 à 20 cuirassés Dreadnoughts et s'apprêtaient à en construire de nouveaux bien plus importants. Les projets de cuirassés et de croiseurs de bataille sont en cours de réalisation, des bâtiments dont le tonnage standard dépasse allégrement les 45 000 tonnes (contre 25 000 pour le Dreadnought de 1906, pour 200 à 260 mètres de long, possédent une batterie de pièces de 406 mm, mais il est prévu et mis en chantier en 1918 des unités équipées de pièces de 457 mm, et dans les cartons dorment des monstres de 70 000 tonnes, armés de 8 pièces de 508 ou 533 mm... (20-21 inches). Dans le détail, la Grande-Bretagne, prévoit 4 bâtiments avec le Hood, mais compte les épauler bientôt par les St Vincent et Vanguard. Les deux Nelson seront les premiers de cette série en même temps que des unités "dérogatoires". Le Japon n'est pas en reste avec une véritable fièvre de construction visant à en faire la force dominante en asie, avec en ligne de mire une parité, au moins, avec l'US Navy et la Royal Navy. Les Kaga, les Kii, les Tosa sont en construction. Elle aussi prévoit des navires de plus de 60 000 tonnes armés de (très) grosses pièces d'artillerie, portant à plus de 50 kilomètres... Les USA, qui n'avait pas de croiseurs de bataille contrairement aux deux premiers, met en chantier 6 énormes bâtiments (les Lexington) de 260 mètres de long pour 50 000 tonnes, et les 6 cuirassés de la classe South Dakota de 45 000 tonnes... La France avait pour son compte approuvée en 1912 la construction des navires de la classe Béarn, et surtout ceux de la classe Lion, initialement prévus pour une entrée en service en 1917-19, et armés de 3 ou 4 tourelles quadruples. Enfin, l'Italie avec ses Caracciolo, ne prévoit là que les premiers d'une série de navires visant à en faire une fleet in being dominante en méditerranée, une ambition que va cultiver le Duce à son accession au pouvoir nostalgique du temps ou la mar antica était le "lac de Rome". Tous ces léviathans d'acier commencent à prendre une part impressionnante des budgets navals, alourdissant les dépenses étatiques, la pression sur les contribuables, d'une manière qui confinait à l'intolérable, et à l'absurde à long terme, surtout dans le contexte des difficultés économiques terribles que traverse l'Europe, ruinée. Il est donc finalement convenu à l'instigation du président Américain, Harold Wilson, un accord de limitation et de désarmement drastique sur le plan naval, conclu le 6 février 1922.

Les principales dispositions concernent (article 3) un abandon de la construction des navires des programmes en cours, une limitation du tonnage (article 4) accordé en matière de navires de ligne ou "capital ship", cuirassés et croiseurs de bataille, neufs et futurs (USA et GB 525 000 tonnes standard, Japon 315 000, France et Italie 175 000). L'article 5 définit en outre que le tonnage unitaire de ces navires ne devra en aucun cas dépasser 35 000 tonnes standard (poids à vide en ordre de marche et non à pleine charge), avec une liberté offerte par rapport au tonnage global accordé (pour la France, cela équivalait à 5 navires de 35 000 tonnes, les futurs Dunkerque, Strasbourg, Richelieu, Jean Bart et Clémenceau). Par ailleurs il était spécifié que les navires existant du type PA ou navire de ligne devaient êtres conservés en service 20 ans au minimum, ce qui correspondait à un moratoire dans la construction de navires de ligne de 5 années au moins en partant de la signature du traité. L'article 6 de son côté limitait le calibre maximal de l'artillerie principale de ces navires à 406 mm (celui adopté par les USA et le Japon récemment). Cette limite fut d'ailleurs respectée par tous les belligérants pendant la seconde guerre mondiale (sauf le japon).

L'article 7 limitait quand à lui le tonnage accordé à ces pays en matière de porte-avions, une disposition quelque peu avant-gardiste eu égard à la mentalité des amirautés à cette époque, encore condescendante à l'égard de cet "auxiliaire d'éclairage". Dans le détail, les USA et la grande-Bretagne étaient autorisés à disposer de 135 000 tonnes, le japon 81 000, la France et l'Italie 60 000 tonnes ce qui correspondait au déplacement de deux gros PA d'escadre, tonnage qui ne fut pas consommé en définitive, sauf partiellement par la france avec son Béarn. En réalité, l'article 9 ajoutait que ce tonnage par unité ne pouvait pas dépasser 27 000 tonnes. Par ailleurs, l'article 8 précisait que ces porte-avions étaient des constructions neuves, tous ceux en service au moment de la signature devant être considérés comme "expérimentaux". Une clause qui arrangeait la Royal Navy et lui donnait un net avantage, de même que le Japon qui venait de terminer son Hosho.

L'article 9, pour y revenir, spécifiait que l'on pouvait exceptionnellement construire deux PA de 33 000 tonnes maximum, mais deux seulement. L'article 10 ajoutait des limitations de calibre et de nombre de pièces d'artillerie embarquée, afin de ne pas permettre aux pays signataires des "hybrides" qui ajouteraient encore de la puissance de feu à sa flotte de ligne, sous le vocable abusif de "porte-avions". En accord avec les idées de l'époque, un porte-avions devait pouvoir se défendre seul par ses propres moyens (les avions n'étant pas pris en considération, considérés comme de "l'éclairage" peu offensif). On leur donnait une artillerie équivalente à celle des croiseurs lourds au mieux (8 pièces de 203 mm).

Les articles 11, et 12 instaurent le visage définitif des croiseurs lourds "standards" (10 000 tonnes maximum, et un calibre de pièces n'excédant pas 203 mm). Rien ne s'opposait à construire des croiseurs restant dans cette limite armés de plus de 10 pièces de ce calibre, comme le firent les Japonais. L'article 13 concernait l'exclusion des ces limites de tonnage les navires marchands réquisitionnés et armés (croiseurs auxiliaires) en temps de guerre ou de situation exceptionnelle. Les paquebots qui avaient la préférence en la matière dépassaient fréquemment les 20 000 tonnes.

L'article 14 précisait que les canons de 152 mm étaient un maximum en matière d'armement pour ces navires. Les articles 15, 16 et 17 interdisaient aux pays signataires de construire pour d'autres pays des navires éxcédant les limites de ce traité, ce qui était assez improbable étant donné le coût considérable d'un cuirassé moderne pour une puissance maritime de second ordre, ou bien de les réquistionner en cours de construction pour accroître leur propre tonnage en cas de guerre. L'article 19 était assez important puisqu'il précisait qu'aucune extension territoriale des bases navales et fortifications côtières des "empires" Britanniques, Américains ou Japonais ne pouvait êtres admises, mais que rien ne s'opposait à une amélioration des bases navales territoriales, des restrictions consenties pour Singapour ou La baie de manille (Corregidor), que les USA ne respectèrent que très partiellement, en renforçant les ouvrages bétonnés autour de Corregidor et de la baie de manille, dont le fameux "concrete batteship" en 1931, un véritable "cuirassé fixe", mais effectivement rien de particulièrement menaçant.

McArthur allait le payer cher en 1942. Le chapitre II du traité énonçait ensuite pour chaque pays les navires de ligne à conserver de droit, en totalisant leurs tonnages respectifs et cumulés, ce qui impliqua notamment pour les USA et la GB des démolitions de navires en achêvement ou en service depuis moins de 15 ans. La France par exemple, était autorisée à reprendre des constructions neuves à partir de 1927. La seconde partie de ce chapitre détaillait la signification du terme "scrapping" (mettre à la ferraille, sorte de "réserve ultime" avant démolition), afin d'empêcher un pays de ressortir des navires officiellement mis hors de la réserve navale "normale", avec un minimum d'entretien. L'article précisait que le navire devait être désarmé, (tourelles et canons), sa cuirasse enlevée et ses télémètres également, de même que ses machines. On pouvait par contre les convertir, désarmés, en navire-cibles, comme le fut l'Utah, coulé à Pearl Harbor en 1941.

On pouvait aussi, dans le cas de la France et de l'Italie, en convertir 2 anciens en navires-école, avec obligation de démonter leurs blockhaus de passerelles et une interdiction d'utilisation guerrière même en cas de conflit. Il n'était nulle part fait mention des destroyers, ni des torpilleurs ou encore des submersibles et vedettes lance-torpilles, et autres patrouilleurs, ce qui laissait une marge de manoeuvre importante aux pays signataires dans ce domaine. La troisième partie de ce chapitre du traité est sans doute l'une des plus importante puisqu'elle énonce un moratoire effectif de 10 ans à partir de la signature du traité, pour les unités lourdes, en excluant les reconstructions dans les limites du tonnage autorisé. Il était spécifié également que les signataires du traité devaient se communiquer toutes les informations utiles concernant les caractéristiques générales de leurs nouveaux navires, à l'exception des informations de détail (armement, blindage), techniques ou structurels et classés secret défense... Le reste du traité précisait les définitions des navires cités dans les articles plus haut, du déplacement standard, et spécifiait possible qu'un nouveau traité soit négocié 8 ans après le début effectif du traité présent, mais que sa date d'expiration exacte était le 31 décembre 1936. Il annonçait en quelque sorte la conférence de Londres, en 1930. Bien entendu les enseignements à posteriori de ce traité sont nombreux. Tout d'abord, c'est le plus ambitieux texte de désarmement naval jamais entrepris dans l'histoire.

Ensuite, c'est un texte qui "gêle" artificiellement les mouvements les mouvements de militarisation comme celui inité en 1919 par le Japon, lequel ne ratifiera le traité qu'au prix de lourdes concessions des USA, devant renoncer en partie au renforcement de ses bases navales, ou de la Grande-Bretagne, qui devait mettre fin pour prétendre à la parité avec le grand frère Américain, à son l'accord naval Anglo-Japonais, en vigueur depuis 1904. Le Japon ne voyait dans cette relégation à un ratio inférieur qu'une véritable provocation "raciale", qui renforça le nationalisme naissant, et lui donna des a priori largement confirmés au moment du traité de Londres de 1930. Il permettait cependant aux différentes Nations de pouvoir continuer une politique navale sereine tout en économisant les deniers du contribuables (si ce n'est le gâchis généré par la démolition de navires interdits et en achêvement en 1922).

Au final, ce traité fut bénéfique par sa rationnalisation, en particulier pour les marines Françaises et Italiennes, qui avaient une homogénéité bien supérieure. Cependant, cette rivalité imposée par le traité n'était pas du tout "digérée" par la France qui y voyait une amputation manifeste de son potentiel au regard de son empire et de sa grandeur passée. Les plus vindicatifs contre le traité stipulaient que la France aurait eu presque autant de "Capital Ships" que la Grande-Bretagne si son plan de 1912 avait été mené à terme. Or, la grande guerre signa une intrruption de 4 ans, ce qui lui aurait donné un ratio au moins égal à celui du Japon. En 1923, le représentant Français fit insérer au protocole de ratification qui donnait le champ libre à la France pour ses unités autres que ses navires de ligne... Ce ne fut pas la seule note discordante après-coup : Un traité de limitation navale complémentaire fut tenté envers l'URSS, concernant les pays de la Baltique (Allemagne non compris), puis les pays Sud-Américains, suivis par la SDN qui le proposa à bien d'autres pays comme l'Espagne, la Hollande, la Belgique, et échoua également: Toutes demandèrent des ratios bien plus élevés que prévus, avec des plafonds équivalents à des acroissements de tonnage pour le moins irréalistes.

london conference

Délégués Américains en route pour la conférence (crédits US Navy).

Première Conférence de Londres (22 avril 1930) :

Comme annoncé dans le traité vu ci-dessus, il était possible au bout de 8 ans de renégocier ou de préciser en conférence des aspects du traité. La situation des différentes flottes avait changée notamment en fonction de l'arrivée de nombreux porte-avions reconstruits, des premiers croiseurs lourds et léger, ou destroyers. Egalement, les cuirassés et croiseurs de bataille en service avaient étés modernisés ou s'apprêtaient à l'être. La situation internationale avait notablement évoluée. Les 5 signataires du traité de Washington étaient de nouveau présents et l'Allemagne en était encore exclue, de même que l'URSS à présent stabilisée et en cours de réarmement. La situation internationale semblait pacifiée d'avantage avec en 1925 le traité de Locarno, instituant un "gel" des revendications territoriales et un statu quo diplomatique, puis le pacte Briand-Kellog qui renonçait à la guerre come instrument de politique étrangère. Mais ce fut aussi en 1927 le début du militarisme Nippon avec l'arrivée au pouvoir du général Tanaka Giishi, et de l'adoption du mémorandum de Tanaka.

Enfin, l'année précédent la conférence, c'était bien sûr le crash de Wall street, mais dont les conséquences ne se feraient sentir qu'un peu plus tard en France et en Grande-Bretagne. La France de son côté, échaudée par les limitations "arbitraires" fixées pour elles à Washington, n'avait de cesse de remettre en cause le ratio évoqué, et ses représentants, dont l'amiral Darlan, avaient préparé des dossiers précis comprenant des besoins évalués à un tonnage global de 800 000 tonnes, équivalent à une nécéssité de réponse envers la flotte Italienne en méditerranée, à la flotte Allemande en cas d'incursion en mer du nord, et de répondre à la protection des lignes commerciales de l'empire et des colonies, avec une marge de sécurité. Elle allait devoir rapidement déchanter. Voyant notamment la fermeté des trois grandes puissances navales à ne pas céder sur l'extension des cotas et limitations de Washington à toutes les catégories de navires, elle refusera de ratifier ces dispositions, l'accord se faisant finalement à trois. L'article 1 de ce court traité de Londres confirmait le moratoire de construction de navires de ligne jusqu'en 1936. L'article 2 énonçait un certain nombre de navires qui pouvaient êtres convertis en navires-cibles ou démolis, et donc remplacés, ou bien convertis en navire-école. (avec des précisions très strictes: Blindage enlevé, blockhaus également) Concernant les USA, l'Arkansas et le Wyoming étaient cités, ils restèrent en ligne (mais le Wyoming fut converti en navire-école).

Au Japon, le croiseur de bataille Hiei, datant de 1913, était ausssi concerné, mais si officiellement il fut converti en navire-école, on le réarma rapidement la veille de l'attaque de Pearl Harbor... Enfin, le HMS Iron Duke était nommément désigné comme tel, et fut effectivement converti. L'article 3 détaillait les différents arrangements pour l'embarquement et l'utilisation d'avions sur les navires, interdisant toujours les hybridations à partir de navires de ligne mais permettant des facilités pour hydravions, ou même pour avions, l'article 4 rappelant qu'aucun PA avéré de 10 000 tonnes et armé de pièces de plus de 155 mm ne pouvait être construit. La partie II du traité énonce la définition du "tonnage standard" pour les submersibles*, et autorise la construction d'unités de 2000 tonnes armées de pièces de 130 et des unités de 2800 tonnes armées de pièces de 155 mm, avec mention dérogatoire de calibre pour le Surcouf Français. Avec l'Argonaut Américain et le XI Britanniques, dérogatoires par le tonnage. L'article 8 précisait concernant les unités légères de surface, que celles-ci pouvaient êtres construites de manière illimitée, mais devaient répondre à certains critères: 600 tonnes standards au plus, une seule pièce de 155 mm acceptée, 4 pièces de 76 mm et plus, pourvu de TLT, et capable de filer à plus de 20 noeuds. Une partie additonnelle précisait concernant les ravitailleurs d'escadre, navires-ateliers, et autres bâtiments utilitaires, auxiliaires, qu'il leur était interdit de posséder un canon de 155 mm, ou plus de 4 pièces de 76 mm, des TLT, de faire plus de 20 noeuds, de posséder un blindage, de pouvoir mouiller des mines, de posséder une piste d'appontage, mais de posséder une catapulte et des hangars était autorisé, de même que l'emport de trois appareils. Ces navires aussi pouvaient êtres construits ou conservés sans aucune limite de tonnage.

L'article 12 rappelait l'obligation de transparence et d'informations des signataires concernant leurs navires neufs, et autorisait le remplacement d'un certain nomre de navires Japonais. L'article 13 précisait aussi que tous les bâtiments ancrés dans les ports et considérés comme pontons ou casernes flottantes, ou dépôts, échappant aux règles de limitations, ne devaient en aucun cas êtres en mesure de pouvoir prendre la mer. L'annexe 1 du traité amenait un certain nombre de précisions concernant les remplacements, par tonnage et année, confirmant en outre qu'un navire perdu en mer pouvait être remplacé immédiatement sans contraintes de temps.

L'annexe II continuait dans ce sens précisant que les navires qui pouvaient êtres conservés en service devaient appartenir à des catégories bien spécifiques, des coques à ferrailler (en attente de démolition), des coques utilitaires (tractées ou remorquées et servant de contenant ou de ponton), des navires cibles (là encore avec des caractéristiques rigoureuses), des navires utilisés pour l'expérimentation uniquement (de Machines par exemple, toujours désarmés), et enfin des navires-école, qui était à l'autre bout de la chaîne. (La Jeanne d'Arc Française, bien, dessinée spécifiquement pour l'écolage, avait un blindage, même peu épais, et possédait une petite tour protégée, assimilée à un blockhaus et rentrait donc dans la catégorie de croiseurs et non celle évoquée plus haut).

Les différentes sections suivantes permettaient d'en donner le détail, la dernière listant par pays les navires "dérogatoires" au traité et pouvant être conservés. La partie III du traité définissait la distinction entre croiseurs légers et lourds (plus ou moins de 155 mm pour le calibre de l'artillerie principale), un destroyer de plus de 1850 tonnes standard et armé de pièces de plus de 130 mm, pouvant être défini comme un croiseur léger. L'article 16 donnait ensuite le tonnage précis des unités de chaque catégorie pouvant êtres utilisés par la flotte des USA, de la Grande-Bretagne et du Japon. Les Etats-Unis s'accordaient ainsi 180 000 tonnes de croiseurs lourds, 146 800 à la grande-bretagne et 108 400 au Japon (ces tonnages précis prenaient en compte les unités déjà en service et celle prévues, à dix tonnes près.).

Par exemple, les 192 200 tonnes accordés à la Grande-Bretagne** en tant que croiseurs légers (plus que les USA) s'appuyait sur la flotte de bâtiments des classe C et D qui dataient de 1917-19, et par conséquence étaient encore en service. Par contre en matière de destroyers, les deux puissances Anglo-saxonnes s'accordaient 45 000 tonnes de plus que le Japon, ce dernier relégué à 105 200 tonnes, sans doute en partie pour le dissuader de construire trop de ses nouveaux redoutables navires de la classe Fubuki, construits peu avant la conférence, et qui instauraient une nouvelle norme de puissance de feu. En matière de submersibles, en compensation sans doute, les trois Nations se trouvaient à égalité en pouvant disposer de 52 700 tonnes d'unités.

Enfin, ce même article 16 autorisait les USA à avoir en service 18 croiseurs lourds, 15 pour la Grande-Bretagne et 12 pour le Japon. Il n'autorisait pour les destroyers que 16% de navires dépassant 1500 tonnes, dont les pays concernés feront, sauf le japon, des destroyers "standards" et des "leaders d'escadres", et exigeait que pas plus de 25% des croiseurs disposent d'une aviation embarquée.

L'article 22 (partie IV du traité) est l'un des plus intéressant, en énonçant des règles de "bonne conduite" des submersibles (et navires de surface agissant en corsaires) dans la guerre au commerce. Il est spécifié au regard de la loi internationale qu'un navire de commerce, cargo ou paquebot, devra obligatoirement avoir son équipage, ses passagers, et son registre et son livre de bord mis en sécurité avant destruction du navire après les sommations d'usage. Le commandant du corsaire devant s'assurer que s'il laisse les naufragés dans leurs chaloupes, que ces derniers ne soient pas en danger et secourus par la présence de la proximité de la côte, d'un autre navire, ou laissés par temps calme. Il était énoncé plus loin que cette règle était valable en droit ad vitam eternam et non jusqu'à l'expiration du traité. On sait ce qu'en feront une partie des sous-mariniers Allemands au plus fort de la bataille de l'Atlantique et en Arctique...

En fait, cette clause doit être resituée dans son contexte. Le premier Lord de l'amirauté, Sir Lee of Farenham, en partie à cause de la tradition de 'fleet in being" Britannique, et du souvenir cuisant des U-Bootes en 1914-18, s'oppose farouchement à la construction de submersibles. La France de son côté, y est particulièrement attachée, non seulement pour des raisons historiques (pionnière en la matière, jeune école, etc...), mais aussi pratique: Ces bâtiments menaçants pour les unités lourdes constituent une arme défensive de choix peu onéreuse.

Par ailleurs la France à quelques succés à l'exportation qu'elle ne veut pas freiner. Le différent se règle par l'adjonction de cet article, qui autorise ces unités mais diminue du même coup leurs capacités offensives par des conditions d'emploi qui ne se prêtent pas à leur nature. Tous les submersibles qui n'appliquaient pas ces règles contraignantes devaient êtres déclarés comme pirates. Cet article acheva de mécontenter la France, et il sera finalement modifié, supprimant la notion et le terme de "piraterie". Le traité de Washington devant s'achever en décembre 1936, les différentes nations impliquées devaient se réunir en 1935 afin de mettre en place les bases d'une succession du traité, prolongation, modification, ou nouvelle négociation.

Globalement le traité de Londres tentait, en plus de maintenir et de préciser ce qui avait été fixé, de limiter les moyens maritimes du Japon, de plus en plus menaçant. Il faut également signaler que l'Italie ne ratifiera pas non plus toutes les clauses de ce traité, estimant son tonnage insuffisant, notamment tant que la France refusait elle-même cette parité. Les tractations vont continuer à Genève, concernant la ratification finale des Français et des Italiens, par l'intermédiaire d'un négociateur Britannique, Craigie, aboutissent finalement à des concessions et à une réévaluation du ratio de washington et du tonnage accordé aux bâtiments de lignes (181 000 tonnes au lieu de 175 000), mais surtout l'Itlaie et la France pouvaient exercer leur droit de construction d'unités de ligne neuves en remplacement des anciennes dès ratification (1932) et avant l'expiration du traité en 1936. Ce que les Français feront en entamant les deux Dunkerque. La parité fut toutefois maintenue, au bénéfice de l'Italie, puisque celle-ci avait en outre pu moderniser bien plus complètement ses unités que les vieux dreadnoughts Français hors d'âge, maintenus uniquement pour arriver à ce tonnage. Mais les deux acteurs, devant également l'inransigeance Britannique à ne pas voir la France disposer de la flotte qu'elle désirait, refusèrent au bout du compte le compromis final, et la ratification pleine et entière du traité de Londres par les 5 signataires de Washington se solda par un échec.

En 1934, la situation se dégrade encore, avec la dénonciation par le Japon du traité de Washington, suivi de la France, qui sans le dénoncer officiellement, devant le net refroidissement des relations diplomatiques avec l'Italie et la menace grandissante d'un réarmement masif de l'Allemagne, déclare ne pas être liée par les cotas définis à l'origine.

*Le tonnage standard pour les submersibles concerne une unité en "ordre de marche", mais dépourvu de liquides à bord, mazout, lubrifiants, huile, eau de mer (ballasts) et eau potable.

** Pour l'anecdote, le titre diplomatique complet était , concenant le signataire, "sa majesté le Roi de Grande-Bretagne, d'Irlande, et des dominions Britanniques par delà les mers".

L'Accord naval Anglo-Allemand (18 juin 1935)

accord naval anglo allemand 1935 Arrivé après la conférence de Stresa, cet accord signé entre la Grande-Bretagne, la France et l'Italie en vue d'empêcher l'Allemagne d'un réarmement trop rapide, et brisé à la suite de l'invasion de l'Ethiopie par Mussolini, la Grande-Bretagne se voit presque contrainte par les ambitions du IIIe Reich de lui proposer un "gentleman agreement" portant sur un ratio lui permettant une marge de manoeuvre (qui fut exploité comme une première faille), et une garantie qu'une nouvelle "Hochseeflotte" ne puisse se reconstituer. 

La Grande-Bretagne envisageait un rapprochement entre l'Italie et l'Allemagne, mais elle ne pouvait imaginer les conséquences d'une alliance (peu vraisemblable) entre la France et ces deux autres pays d'Europe Continentale. Cet accord se fait par l'intermédiaire de notes d'ambassades, sans consultation de la France (évidemment), et permet au IIIe Reich de posséder dans un premier temps une flotte équivalente à 35% de la Royal Navy, relevé à 45% pour les sous-marins. Il est confirmé par une déclaration le 17 juillet 1937, qui officialise du même coup la ratification de l'Allemagne au second traité de Londres. Devant les appétits et l'inflexibilité d'Hitler, le traité de versailles est presque enterré. Ce dernier n'envisageait d'ailleurs pas un affrontement avec la Royal Navy, notamment du fait de la grande estime qu'il portait au peuple Anglais ("peuple dominant, peuple frère"), et de la possibilité d'une alliance future pour un partage du monde, dirigé notamment contre les pays "décadents", "sclérosés par le complot judéo-maçonnique" et les Bolchéviques, que le Royaume-Uni avait traditionnellement en horreur.

Cet accord en tout cas ressemblait à une "mise en bouche" avant l'effondrement de Munich...

La seconde conférence de Londres (25 mars 1936).

Ce fut en décembre 1935, un an avant l'expiration du traité fondateur de Washington, dans une ambiance diplomatique nettement plus fébrile (Le poids de l'Allemagne et de ses revendications croissantes, en particulier contre le traité de Versailles, la montée en puissance de l'URSS (entrée à la SDN en septembre 1934) et son implication dans la politique Européenne, le renforcement de la politique militariste au Japon...), que la seconde conférence de Londres prit place entre 3 des anciens co-signataires, les puissances démocratiques Occidentales: Les USA, la France et la Grande-Bretagne. L'Italie désormais sous la botte d'un Mussolini plus agressif, mis au banc des Nations après son invasion de l'Ethiopie, estime que les sanctions de la SDN doivent êtres levées comme préalable avant toute négociation, et devant le refus, se retire. Le Japon, qui exigeait d'entrée la parité avec l'US navy, se verra également gratifié d'une fin de non-recevoir et claquera la porte.

La France, enfin, se laissa convaincre, plus pour faire barrage à une signature incluant l'Allemagne, que par agrément. L'italie ratifiera finalement le traité après la levée des sanctions, en 1938. L'accord conclu prolonge le traité de Washington jusqu'en 1942, mais au bénéfice des navires mis en retraite, de nouveaux cuirassés peuvent enfin êtres construits. Par contre deux décisons sont prises: D'abord, le tonnage standard maximal autorisé sera à terme de 45 000 au lieu de 35 000 tonnes. A contrario, le calibre maximal autorisé, devait passer de 406 à 356 mm, mais ce protocole fut refusé par le Japon et ne sera pas retenu au final. (Le Yamato et le Musashi étaient à l'époque déjà à l'étude.). Le tonnage des porte-avions est ramené de 25 000 à 23 000 tonnes, et celui des croiseurs lourds de 10 000 à 8000 tonnes standard. D'ailleurs la catégorie intérmédiaire 8000-17 500 tonnes est interdite pour les croiseurs (au-dessus, c'est l'étage "navire de ligne"), notamment pour éviter que se reproduise la construction d'unités comparables aux Deutschland Allemands. Enfin, il est interdit de vendre à un pays des unités déjà en service à des marines étrangères (on se souvient du Yavuz Turc, ex-Goeben en 1914).

En outre les informations que se doivent les pays sur leurs navires en constructions doivent êtres bien plus détaillés que par le passé. On ne s'étonne pas que par la suite les non-signataires que furent l'Allemagne et le Japon sortent coup sur coup des unités très au-dessus des limites autorisées, en usant, pour l'un de fausses informations, et pour l'autre d'une pure et simple dissimulation. A la suite de la ratification du traité, en mars 1936, outre la ratification a posteriori de l'Italie, en 1937, et de l'Allemagne, les Britanniques tenteront d'y joindre les signatures de l'URSS (acquise en juillet 1937), de la Pologne (en avril 1938), et des pays Scandinaves et frontaliers de la baltique, Norvège, Suède, Finlande, Danemark, avec des tonnages très au-dessus de leurs moyens et de leurs capacités industrielles (un comble pour un traité de désarmement). Mais le 30 juin 1938, le protocole additionnel rend effectif le relèvement de tonnage de 35 à 45 000 tonnes (à l'instigation des USA qui entendaient bien garder une supériorité absolue sur la marine japonaise, avec leurs New Jersey puis leurs Montana qui dorment dans leurs cartons).

Le japon, avait refusé cette prolongation du traité de Washington et s'estimait libéré de toutes contraintes... Ce future membre de l'axe n'allait pas tarder à être rejoint par l'Allemagne, le 27 avril 1939, au moment ou le IIIe Reich dévoilait le Bismarck. Ce fut le dernier coup de griffe au traité de Washington. Désormais, le brouhaha des salles de réunions et le silence feutré des cabinets diplomatiques allaient laisser la place au pas cadencé des bruits de bottes...